Escape from Alcatraz
La grande évasion
Alcatraz est sans nul doute le pénitencier le plus célèbre du monde. L’endroit a inspiré de nombreux films et livres, mais pas seulement. L’île de la baie de San Francisco est
aussi le départ du prestigieux triathlon « Escape from Alcatraz » qui a eu lieu le 14 juin dernier. J’y ai participé.
Alcatraz, « the rock » (le rocher) comme l’appellent les habitants de San Francisco a été la prison de haute sécurité des Etats-Unis de 1934 à 1963. Le plus célèbre des
pensionnaires n’est autre qu’Al Capone. La légende raconte qu’il est impossible de s’évader à cause des requins, des courants qui entraînent vers le large, la distance au continent et bien sûr la
température de l’eau. D’ailleurs, c’était la seule prison des Etats-Unis où les détenus avaient le droit à une douche chaude… pour ne pas s’habituer à l’eau froide. C’est sur ce scénario qu’est
né le triathlon Escape from Alcatraz. Pour cette 29e édition, j’étais sur la ligne de départ, l’occasion aussi de découvrir le triathlon made in USA.
Il est 5h du matin, le soleil n’est pas encore levé quand j’installe mon vélo dans l’immense aire de transition de Marina Green. Nous sommes plus de 2000 participants sur ce
triathlon au format Courte Distance un peu particulier (2,5 km / 32 km / 13 km). Les drapeaux de toutes les nationalités représentées (26) flottent le long du parc. À l’entrée, c’est le défilé
des vélos de contre la montre et des casques aérodynamiques. Oui, nous sommes sur un CD mais ici, le triathlon est plus qu’un sport, c’est un art de vivre, une philosophie. Rappelons que nous
sommes en Californie. Ici chacun a le culte du corps. Alors ces équipements ne sont que des accessoires du costume du triathlète pour montrer son appartenance au milieu du triple
effort.
6h du matin, le soleil commence à se lever. Au loin, la silhouette de l’île commence à apparaître. Les participants montent dans les bus qui nous conduisent au quai pour prendre
le bateau. Ici le marquage est impressionnant : numéro de dossard sur les bras, les jambes et même les mains. L’âge est aussi inscrit sur les cuisses. Les participants montent à bord du San
Francisco Belle, bateau à aube de la belle époque. Le départ se donnera de celui-ci, à proximité de l’île. À bord, l’adrénaline commence à monter. 1
000 participants par étage, classés par catégorie. Tout le monde est assis par terre et regarde la côte s’éloigner lentement. Chacun enfile sa combinaison, et pour beaucoup une cagoule et des
chaussettes néoprène (qui sont ici autorisées). Pendant ce temps, le speaker égrène le compte à rebours.
7h50, le ciel est grand bleu. Nous sommes à 10’ du départ quand l’hymne américain résonne dans les haut-parleurs. Plus un bruit, le moment est solennel, certains athlètes ont la
main sur le cœur, d’autres se signent.
La natation est certainement l’épreuve qui suscite le plus de crainte.
Pourtant, les organisateurs ont tout fait pour rassurer les athlètes : « le courant est favorable, si vous avez des difficultés n’hésitez pas à vous accrocher à un kayak. Et puis, les requins sont inoffensifs ! » Il a raison, pas l’ombre d’un requin n’a été aperçue dans la baie. En revanche, il y a plein de lions de mer de 600 kg dans les quais de San Francisco. Certes,
ils ne sont pas méchants, mais ce n’est pas très rassurant !
Pan ! Le départ est donné. Il a été impossible de se mouiller auparavant. L’eau saisit, mais n’est pas aussi froide comme beaucoup le prétendent. Les organisateurs diront
qu’elle était entre 15 et 16°. La sortie du bateau est tellement étroite que la masse de nageurs s’étire et s’élargit en direction du point de mire. D’ailleurs, personne ne prendra des coups.
Pour vous dire, le seul concurrent m’ayant touché s’est arrêté pour s’excuser.
Malgré le courant favorable, les vagues peuvent déstabiliser les moins bons nageurs et d’ailleurs certains ont eu du mal à s’orienter. J’en ai même croisé à la perpendiculaire.
Il est possible de contempler le Golden Gate Bridge comme peu de personne ont pu le voir. Il est certain que chaque athlète a eu une pensée pour ces détenus qui ont certainement rêvé de faire
comme nous.
Le parcours vélo est quant à lui à l’image de la ville : pas un cm de plat et toujours avec des pourcentages impressionnants. Cette ville a été l’objet de tellement de films
qu’on a l’impression d’être déjà venu ! Pourtant le panneau « traversée de coyotes » a le don de dépayser. Avec autant de participants sur une distance aussi courte, on pourrait s’attendre à ce
que cela « drafte » à tout va. Et bien non ! Les Américains jouent le jeu. D’ailleurs je n’ai croisé aucun arbitre. La route est totalement fermée.
Par contre, le revêtement est de mauvaise qualité, les mouvements sismiques que connaît San Francisco y étant certainement pour beaucoup. Après seulement 32 km, c’est déjà le retour au
parc.
Arrive la course à pied, ou devrais-je dire le trail. Jamais je n’avais connu un parcours aussi dur. Cailloux, racines, marches, tunnel, sentiers, escalier, plage, herbe… et
toujours ce dénivelé. Les escaliers en sable tenus par des rondins de bois sont un enfer pour les concurrents surtout vu la longueur et le pourcentage. Les escaliers de Montmartre à côté, c’est
de la rigolade ! Le panorama est quant à lui à savourer. Malgré un soleil de plomb, l’air de la mer est un véritable don. Pour beaucoup, le temps course à pied sera plus long que celui du
vélo.
Enfin les derniers km. Les spectateurs étaient déjà nombreux tout le
long du parcours… mais là c’est impressionnant. Plus de 20 000 spectateurs ont été dénombrés. Je n’imaginais pas une telle ligne d’arrivée ! Ce n’est qu’un CD, mais être finisher a
une saveur toute particulière, tant la course est délicate.
J’ai retrouvé le même esprit que sur le Longue Distance : une solidarité
dans l’effort, et un esprit moins compétitif que sur du Court. Le but ultime est simplement d’être finisher. Chaque athlète, du
premier au dernier, est accueilli et fêté par la foule.
Escape from Alcatraz fait partie des courses incontournables dans une
vie de triathlète. Alcatraz est au CD ce qu’est Hawaii pour l’Ironman : une course mythique. D’ailleurs au même titre que Kona, il faut se qualifier sur différentes courses dans le monde ou
passer par la loterie pour y participer. Une seule épreuve française dispose de dossards, Il s’agit du CD de Gerardmer. Alors n’hésitez pas, tentez vous aussi de vous évader
!